Abonnez-vous Courriel RSS
Logo d'Infocéans

Bulletin d’information pour le Québec
Décembre 2017-janvier 2018/volume 21/numéro 1

Les pouponnières de poissons de l'estuaire du Saint-Laurent sous l'influence des variations climatiques

Photo des installations portuaires de Rivière-du-Loup
ROMM  E. Blier
Installations portuaires de Rivière-du-Loup.

Le long des côtes de la rive sud de l’estuaire du Saint-Laurent, entre La Pocatière et Rivière-du-Loup, on retrouve des pouponnières accueillant les larves de deux espèces de poissons, soit le hareng atlantique et l’éperlan arc-en-ciel. Il s’agit de proies importantes pour plusieurs autres espèces de poissons, d’oiseaux et de mammifères marins. Ces pouponnières sont des milieux dynamiques qui se reforment au même endroit, année après année, au printemps, en raison de la topographie particulière du fond marin et des conditions hydrodynamiques, dépendantes des flots d’eaux douces et marines. Ces conditions permettent aux larves d’être retenues dans l’estuaire et d’y grandir.

On connaît l’existence de ces zones de rétention larvaire depuis plus de 40 ans, mais sont-elles immuables? Les changements survenus dans l’écosystème au cours des dernières années ont-ils affecté ces pouponnières?

Les pouponnières sont situées à la jonction de la terre et de la mer. Le nombre de larves qui y sont transportées et leurs conditions de croissance peuvent être influencés par les conditions océanographiques globales ainsi que par les conditions climatiques locales. Le hareng est une espèce marine qui vient frayer le long des îles de l’estuaire chaque printemps. L’éperlan, pour sa part, vit dans l’estuaire toute l’année et fraie dans les rivières. Les différences entre les deux espèces auraient pu laisser croire qu’elles réagiraient différemment aux changements climatiques et environnementaux survenus au fil des ans. Or, ce n'est pas le cas. Les nombres de larves de ces deux espèces ont varié de façon synchrone dans deux baies de la rive sud de l’estuaire, en juillet, entre 2002 et 2013. Les larves abondaient en 2008 et 2011, lorsque que les débits des rivières étaient forts tôt au printemps et les températures de l’eau modérées en été. Elles étaient très peu nombreuses en 2006 et 2012, dans des conditions de faibles débits au printemps et de fortes températures estivales.

Densité de larves en juillet, de 2002 à 2013, dans les pouponnières
de l’estuaire du Saint-Laurent en fonction des débits des tributaires

Figure illustrant les résultats pour le hareng atlantique dans la rivière du Loup (à gauche) et de l'éperlan arc-en-ciel dans la rivière Ouelle (à droite)

Le moment et la force des crues printanières des rivières de la rive sud sont donc des facteurs importants qui influencent la fonction nourricière de l’estuaire. Ils sont susceptibles de varier en fonction du climat local, notamment des quantités de précipitations dans le bassin versant des rivières de la rive sud. De leur côté, les quantités d’eau des rivières rejetées dans les baies où les larves grandissent ont un impact sur la quantité d’éléments nutritifs, le régime thermique, le volume d’habitat disponible et peut-être aussi les risques de prédation. Lorsqu’on examine les variations historiques des débits printaniers des tributaires (par exemple, la rivière du Loup), de 1979 à 2014, c’est au cours de la dernière décennie que les plus fortes variations ont été observées.

Variations du débit de la rivière du Loup au début mai, de 1979 à 2014

Figure illustrant la variation du débit moyen de la rivière du Loup en fonction des années (ligne avec de multiples oscillations)

Les pouponnières de l’estuaire sont donc loin d’être immuables et il est fort possible que les futures conditions climatiques affecteront la production locale de jeunes poissons dans l’estuaire, ce qui entraînera d’importantes conséquences pour l’écosystème de l’estuaire moyen.

Catherine Couillard
Sciences

Partager | Partager sur Facebook Partager sur Twitter