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Bulletin d’information pour le Québec
Juin-juillet 2017/volume 20/numéro 3

Marée rouge de 2008 : mortalité massive d’organismes marins liée à une floraison d’algues toxiques

Photo de la marée rouge au large du village de Sainte-Flavie
La marée rouge était facilement observable près de la plage de Sainte-Flavie.

Les experts de Pêches et Océans Canada et ceux issus des organismes qui ont collaboré au suivi de la « marée rouge » observée dans l’estuaire du Saint-Laurent en 2008 viennent de publier un article dans Plos One, une revue scientifique internationale de prestige. Dans l’article, ces experts décrivent de façon exhaustive la marée rouge exceptionnelle qui a entraîné la mort d’une impressionnante quantité de poissons, d'oiseaux et de mammifères marins, y compris de plusieurs bélugas – une espèce considérée menacée à l’époque, mais classée en voie de disparition depuis mai dernier.

La marée rouge a été provoquée par la prolifération du dinoflagellé Alexandrium tamarense, une micro-algue produisant des neurotoxines très puissantes appelées « toxines paralysantes des coquillages » (PST). L’accumulation de ces toxines dans les organismes filtreurs – comme les mollusques – et les risques que représentent les mollusques contaminés pour la santé humaine sont bien connus. Le gouvernement du Canada assure d’ailleurs un suivi étroit de la salubrité des mollusques le long des côtes canadiennes et interdit la cueillette de ceux-ci lorsque les seuils des toxines dépassent la limite permise. Jusqu’à tout récemment, les conséquences des marées rouges sur la santé des écosystèmes marins demeuraient toutefois obscures et peu documentées.

Des découvertes importantes
Au mois d’août 2008, après de fortes précipitations, une intense prolifération d’Alexandrium a été observée dans l’estuaire du Saint-Laurent. Au même moment, un nombre record de décès chez plusieurs espèces de poissons, d’oiseaux et de mammifères marins a été rapporté au Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

Dès lors, les experts se sont mis à examiner de nombreux tissus d’organismes marins échoués sur les plages et ont constaté des niveaux significatifs de PST, particulièrement dans le foie ou le système gastro-intestinal d’environ la moitié des carcasses examinées. Ils ont aussi détecté la présence de PST dans les échantillons d’organismes récoltés vivants au cours de la marée rouge, incluant divers poissons et mollusques de même que dans le plancton (microalgues et zooplancton).

Ces données scientifiques constituent une preuve que les PST produites par Alexandrium ont été transférées dans la chaîne alimentaire jusqu’aux niveaux trophiques supérieurs et ont engendré une mortalité faunique massive au cours de la marée rouge. Cette conclusion des experts est renforcée par le fait que le noyau des mortalités se déplaçait avec la dérive de la marée rouge le long de la côte de l'estuaire du Saint-Laurent. Aucune autre cause de mortalité n'a été identifiée chez la plupart des animaux examinés lors des nécropsies effectuées par les pathologistes de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Enfin, une preuve supplémentaire que les PST étaient responsables des mortalités massives réside dans le grand nombre de rapports faisant état de signes de dysfonctions neurologiques – telles que des paralysies partielles – chez les poissons, oiseaux et mammifères marins.

Les découvertes faites par l’équipe d’experts sont importantes, car elles apportent un éclairage nouveau sur :

  • l’accumulation des toxines dans les divers tissus des organismes marins;
  • le transfert de ces toxines et leur biotransformation dans les chaînes alimentaires;
  • les possibilités d’un transfert transplacentaire des toxines pouvant causer des mortalités prénatales;
  • les signes comportementaux des organismes indiquant une intoxication par les PST.

Ces nouvelles informations s’avèrent d’un grand intérêt dans un contexte où la fréquence, l'intensité et l'étendue géographique des floraisons d’algues productrices de PST augmentent à travers le monde. Les causes de ce phénomène inquiétant? Les changements climatiques – comme on pouvait s’y attendre –, mais aussi l’enrichissement des zones côtières en éléments nutritifs – appelé eutrophisation – ainsi que d’autres perturbations environnementales.

Pour en apprendre davantage sur le sujet, consultez l’article Multispecies mass mortality of marine fauna linked to a toxic dinoflagellate bloom (en anglais seulement).

Michel Starr
Sciences pélagiques et écosystémiques

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