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Bulletin d’information pour le Québec
Juin-juillet 2017/volume 20/numéro 3

Baleines bleues : font-elles des choix optimaux lorsqu’elles plongent pour s’alimenter dans le Saint-Laurent?

Graphique illustrant la relation entre la profondeur de plongée de la baleine et le temps d’alimentation, le jour et la nuit
Relation entre la profondeur de plongée de la baleine et le temps d’alimentation.

Jawbreaker est une baleine bleue habituée du Saint-Laurent et connue des chercheurs depuis des années. Chaque été, elle revient dans les eaux de l’estuaire pour profiter des formidables quantités de plancton qui lui permettent de refaire ses réserves. Il lui faut toutefois être efficace : elle ne dispose en effet que de quelques semaines pour emmagasiner le plus d’énergie possible.

Les baleines se nourrissent sous l’eau, mais doivent revenir à la surface pour respirer. Lors de chaque plongée, Jawbreaker a donc un choix à faire : rester le plus longtemps possible sous l’eau – sa durée maximale de plongée est d’environ 25 à 30 minutes – ou faire de courtes plongées et remonter fréquemment à la surface.

À première vue, il peut paraître bénéfique de plonger le plus longtemps possible pour maximiser le temps passé à s’alimenter. Cependant, plus les baleines plongent longtemps, plus elles ont besoin de passer du temps à la surface de l’eau pour récupérer leur oxygène. Cela finit par diminuer leur capture totale de nourriture pendant la journée. D’un autre côté, plus les proies se trouvent à de grandes profondeurs, plus l’aller-retour pour les atteindre prend du temps. Dans ce cas, il n’est pas très rentable de faire des plongées courtes : s’il faut faire un long transit, mieux vaut allonger le temps passé à s’alimenter en profondeur.

Adopter la meilleure stratégie
Les baleines doivent donc trouver un compromis entre les longues et les courtes plongées. En théorie, il existe une stratégie « optimale » qui décrit le temps que devrait passer une baleine en plongée selon la profondeur à laquelle se situe sa proie. Mais les baleines utilisent-elles instinctivement cette stratégie?

Photo d’une baleine avec, en mortaise, un gros plan sur l’enregistreur qui a été posé sur son dos
Baleine avec un enregistreur posé sur son dos.

Grâce à des enregistreurs posés sur des baleines bleues évoluant dans l’estuaire du Saint-Laurent, l’équipe de l’Institut Maurice-Lamontagne et du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) a testé cette théorie. En détectant le moment exact où Jawbreaker et neuf autres baleines ouvrent la bouche pour se nourrir ainsi que la profondeur correspondante, l’équipe a pu démontrer que notre amie et ses consœurs savent s’adapter. Si le plancton se trouve proche de la surface, comme c’est souvent le cas le soir et la nuit, les baleines bleues font de courtes plongées comportant une ou deux bouchées chacune. Ainsi, elles ne s’essoufflent pas et peuvent s’alimenter pendant des heures sans prendre de pause. Si la nourriture se situe plus en profondeur, les plongées sont plus longues et contiennent davantage de bouchées, ce qui compense la durée de l’aller-retour.

Cette stratégie optimale permet à ce géant des mers d’utiliser au mieux son temps dans nos eaux. Mais n’oublions jamais que toute perturbation, causée notamment par des activités humaines, peut venir briser cet équilibre délicat.

Thomas Doniol-Valcroze et Véronique Lesage
Sciences

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