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Bulletin d’information pour le Québec
Décembre 2015-janvier 2016/volume 18/numéro 6

L’anguille d’Amérique, une espèce en péril

Anguille
© Claude Nozères
Anguille d’Amérique.

L’anguille d’Amérique est une espèce menacée selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Cette désignation fait suite au réexamen de sa situation en 2012. En 2006, le COSEPAC l’avait désignée « espèce préoccupante ». Le changement de statut de l’anguille d’Amérique par le COSEPAC indique une dégradation de sa situation malgré la réduction du taux de mortalité attribuable à la pêche commerciale.

L’anguille est une espèce fascinante. Elle occupe sans doute la plus grande diversité d’habitats aquatiques de tous les poissons. Son aire de répartition dans l’Atlantique est très vaste : elle s’étend du Venezuela jusqu’au Groenland et en Islande. Son aire de répartition englobe tous les plans d’eau douce, les estuaires et les eaux marines côtières qui sont accessibles par l’océan Atlantique. Au Canada, on la trouve dans le secteur des Grands Lacs jusqu’au milieu de la côte du Labrador.

Entre les années 1996 et 2010, on a observé un déclin de 65 % du nombre d’anguilles proches de la maturité dans le réseau du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. Dans certaines zones en Ontario, les déclins ont dépassé 90 % en deux générations. Des déclins substantiels ont également été observés dans certaines régions des Maritimes.

L’anguille d’Amérique est confrontée à un certain nombre de menaces, comme : les obstacles en eau douce qui empêchent la remontée; la mortalité due aux turbines des centrales hydroélectriques; les pêches; les contaminants; les parasites de la vessie natatoire; les changements climatiques et les changements des conditions océaniques.

L’anguille d’Amérique a une grande importance culturelle et historique, en particulier pour de nombreux groupes et communautés autochtones. Pêches et Océans Canada étudie actuellement la possibilité d’inscrire l’anguille d’Amérique en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Cette Loi vise à prévenir la disparition des espèces sauvages, à prévoir leur rétablissement et à assurer la conservation de la diversité biologique.

Si elle est inscrite comme espèce menacée, des interdictions automatiques s’appliqueront, et il sera alors interdit de tuer, de nuire, de harceler, de capturer, de prendre, de posséder, de collectionner, d’acheter, de vendre ou d’échanger une anguille d’Amérique. Un programme de rétablissement sera alors élaboré dans le but de déterminer les mesures à appliquer pour atténuer les menaces connues liées aux activités humaines. L’habitat essentiel de l’anguille d’Amérique deviendrait également protégé advenant sa désignation.

Pour de plus amples renseignements ou pour faire part de vos commentaires, rendez-vous sur le Registre public des espèces en péril. Prière de soumettre vos commentaires d’ici le 18 mars 2016.

Marthe Bérubé
Gestion des écosystèmes

Le parcours de l’anguille jusqu’à la mer des Sargasses

Anguille
MPO M. Castonguay
Les anguilles ont une longueur variant de 40 à 120 cm et un poids de 0,5 à 3 kg. Les femelles anguilles du Saint-Laurent sont les plus grandes de toute l’aire de répartition de l’espèce (jusqu’à 120 cm) et peuvent vivre plus de 20 ans.

Comment les anguilles voyagent-elles à partir de leur rivière jusqu’au sud-ouest de la mer des Sargasses? C’est tout un voyage de 2400 km! pour un poisson qui s’y rendra pour s’y reproduire et y mourir après la reproduction. Une équipe de chercheurs universitaires et gouvernementaux, dont fait partie Pêches et Océans Canada, a réussi à percer le mystère au moyen d’étiquettes satellites.

Les données recueillies ont permis à cette équipe de reconstruire les trajectoires migratoires des anguilles. Cinq des anguilles marquées ont réussi à se rendre jusqu’en haute mer, au-delà du plateau continental, dans le secteur du Cône Laurentien, à plus de 500 km au large du détroit de Cabot. Une des anguilles a viré franc sud et a migré jusqu’à la limite nord du site de fraie sur une distance de 2400 km.

Les chercheurs ont identifié deux phases migratoires distinctes. Durant une première phase, sur le plateau et le talus continental, les anguilles ont fait des migrations verticales quotidiennes variant d’une profondeur de 50 m la nuit et d’environ 240 m le jour. Une fois rendues au large du talus continental, les anguilles ont changé leur patron de migrations verticales alors qu’elles ont migré vers le nord-est le long du talus, puis au sud-est, en haute mer, pour atteindre le Cône Laurentien. Une anguille a soudainement modifié sa trajectoire (deuxième phase) et a migré franc sud, tout en faisant des migrations verticales quotidiennes prononcées (140 m la nuit et 600 m le jour). Elle a traversé le Gulf Stream 29 jours après avoir été relâchée et a atteint la limite nord du site de fraie à la latitude 30° N., 45 jours après avoir été relâchée.

Considérant la vitesse et la migration dirigée de cette anguille, il semble probable que les anguilles utilisent le champ magnétique terrestre pour s’orienter. Il est en effet reconnu depuis longtemps que les anguilles peuvent percevoir le champ magnétique terrestre et qu’elles peuvent l’utiliser pour s’orienter. Ces travaux permettent de mieux comprendre cette mystérieuse migration.

NDLR : Martin Castonguay, chercheur à Pêches et Océans Canada, fait partie de l’équipe de recherche qui a réussi à marquer des anguilles au moyen d’étiquettes satellites.

Au début du 20e siècle, un scientifique danois a découvert que le sud-ouest de la mer des Sargasses, à plus de 500 km au sud des Bermudes, était le seul lieu où se trouvaient de petites larves d’anguilles d’Amérique et d’anguilles européennes (deux espèces distinctes).

Il y a donc longtemps que l’on connaît, de façon indirecte, le site de fraie de l’anguille. Cependant, aucune anguille d’Amérique adulte n’avait été observée en haute mer ni sur le site de fraie. De plus, les scientifiques n’avaient aucune idée des routes migratoires et des mécanismes d’orientation de ces poissons qui réalisent une des plus spectaculaires migrations du monde animal.

L’équipe de chercheurs a marqué des anguilles au moyen d’étiquettes satellites qui enregistrent continuellement la température de l’eau, la profondeur et la lumière. Ces étiquettes sont programmées pour se relâcher après un certain temps, après quoi elles remontent à la surface et commencent à envoyer leurs données aux satellites Argos, en orbite.

Martin Castonguay
Sciences

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