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Bulletin d’information pour le Québec
Avril - mai 2015/volume 18/numéro 2

Le retour du sébaste?

Carte qui figure dans les Avis aux navigateurs (édition mensuelle de l’Est 2014 des Avis aux navigateurs) par la Garde côtière canadienne.
   Cartes du golfe du Saint-Laurent
   illustrant l’abondance du sébaste.

Au début des années 1990, le sébaste fait les beaux jours de la pêche commerciale dans le golfe du Saint-Laurent. Mais en 1995, le stock s’effondre. Un moratoire est instauré et la pêche au sébaste devient interdite.

Quinze ans plus tard, soit en 2010, le stock n’est toujours pas rétabli et la principale population locale est désignée « en voie de disparition » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Cette désignation est principalement motivée par deux facteurs. Premièrement, la quantité de sébaste n’a cessé de décliner à la suite de l’effondrement du stock. Deuxièmement, aucun recrutement significatif n’a été observé en 30 ans, c’est-à-dire depuis la forte classe d’âge de 1980.

En 2013, différents relevés scientifiques de Pêches et Océans Canada créent la surprise : le golfe du Saint-Laurent est tapissé d’une couche de jeunes sébastes âgés de deux ans, donc nés en 2011. Les relevés de 2014 confirment les observations et révèlent également la présence d’une abondante classe d’âge produite en 2012.

Dans le passé, plusieurs classes d’âge prometteuses au stade juvénile (1985, 1988, 2003) ont disparu du golfe du Saint-Laurent avant d’atteindre la taille adulte. Est-ce que les classes d’âge de 2011 et 2012 auront davantage de succès et contribueront au rétablissement de la population du golfe du Saint-Laurent?

C’est ce que laisse espérer une série d’études génétiques basées sur des marqueurs d’ADN microsatellites. Ces marqueurs permettent non seulement de distinguer les espèces, mais encore de caractériser la structure spatiale de leurs populations. Les analyses montrent que les juvéniles des classes d’âge de 1985, 1988 et 2003, disparues du golfe, portaient la signature génétique de la population adulte de sébastes acadiens, distribuée à l’embouchure du chenal Laurentien à plus de 350 km en aval du golfe. On peut donc déduire que cette population de sébastes acadiens utiliserait le golfe comme zone d’alimentation transitoire pour ses juvéniles.

Par contraste, l’abondante classe d’âge de 2011 observée récemment dans le golfe du Saint-Laurent possède la signature génétique de la population adulte locale de sébastes atlantiques. Ce résultat suggère que les sébastes de la classe d’âge de 2011 devraient demeurer dans le golfe et favoriser le rétablissement de la population. Des analyses se poursuivent sur la classe d’âge de 2012.

Échantillon de sébastes.
C. Nozères
Échantillon de sébastes de la classe d’âge de 2011 capturés lors du relevé de Pêches et Océans Canada de 2013.

Le succès de la classe d’âge de 2011 devrait également se répercuter sur la population du fjord du Saguenay. En effet, des analyses génétiques (combinées à d’autres observations) ont montré que le sébaste du Saguenay représente une population, dont le renouvellement dépend exclusivement de l’apport de juvéniles depuis le Saint-Laurent. Au cours des trois dernières années, la présence de petits sébastes a été rapportée lors de la pêche récréative hivernale dans le fjord. Cette situation présage une augmentation de l’abondance de la population du fjord du Saguenay dans les prochaines années.

Les connaissances scientifiques actuelles permettent de prédire, avec davantage de confiance, le destin de la cohorte de 2011 du golfe du Saint-Laurent. Cependant, les raisons expliquant le succès de cette classe d’âge, après plus de 30 ans d’absence de recrutement significatif dans le golfe, sont encore inconnues. Par conséquent, malgré l’optimisme généré par la classe d’âge de 2011, la nature épisodique du recrutement chez le sébaste demeure une source d’incertitude importante pour la compréhension et la gestion à long terme des stocks de sébastes.

Alexandra E. Valentin, Johanne Gauthier et Claude Brassard
Sciences

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