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Bulletin d’information pour le Québec
Juin - juillet 2014/volume 17/numéro 3

L’Empress of Ireland : témoin de l’évolution des technologies hydrographiques

Les technologies du domaine maritime ont grandement évolué depuis le naufrage du paquebot Empress of Ireland en 1914. À l’époque, il n’y avait ni sonar, ni GPS et on était loin d’imaginer naviguer à l’aide d’une carte marine électronique. Il a fallu attendre 1983 pour que le Service hydrographique du Canada localise l’épave avec précision sur une carte.

Les premières heures de l’échosondeur

Remontons le temps. C’est en 1913 que l’échosondeur a été breveté, à peine un an avant le tragique naufrage du navire. Cette technologie de première génération fonctionnait grâce à un marteau qui frappait la coque du navire. On a dû patienter jusqu’en 1929 pour que la technologie soit au point et que le jeune Service hydrographique du Canada commence à l’utiliser. Finalement, pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), le sonar (acronyme de Sound Navigation and Ranging) a été perfectionné pour devenir le sondeur à écho.

La localisation de l’épave

Pêche sur les quais
La carte 1236, produite en 1983 par le Service hydrographique du Canada, est la première carte récente qui localise l’épave de l’Empress of Ireland (surligné en jaune).

Peu après le naufrage, grâce aux bulles d’air qui s’échappaient de sa coque, l’épave de l’Empress of Ireland a été localisée, reposant par seulement 40 mètres de fond. L’emplacement a été marqué temporairement à l’aide de bouées, puis simplement mentionné sur une carte marine de l’Amirauté britannique, sans précision sur sa position ou sa profondeur.

C’est en 1964, après la parution d’un article sur le naufrage, qu’un groupe de plongeurs a découvert l’épave en laissant traîner des grappins (crochets d'abordage) au fond de l’eau. Des bouées de repérage ont été de nouveau installées. En 1976, un levé du Service hydrographique du Canada a permis de localiser l’épave avec précision, à l’aide d’un échosondeur à simple faisceau et d’un système de radio positionnement jumelé à des stations terrestres. La première édition de la carte 1236, sur laquelle l’épave apparaissait, a été publiée en 1983.

L’échosondeur : du simple au multifaisceau

équipe d’échantillonnage

Image de l’Empress of Ireland tirée des données acoustiques acquises à l'aide d'un échosondeur multifaisceau. On observe la forme de l’étrave, de l’écubier et du pont. On remarque également des trous dans la coque, dont certains à l’époque ont servi à récupérer des choses de valeur. Source : Pêches et Océans Canada – Service hydrographique du Canada.

À la fin des années 80, le Service hydrographique du Canada faisait l’acquisition d’un premier échosondeur multifaisceau, une technologie qui allait s’avérer révolutionnaire. Cet équipement permettait d’obtenir pour une première fois une couverture totale du fond marin, grâce à la largeur de sa fauchée acoustique qui pouvait atteindre jusqu’à 2,4 fois la profondeur.

Le premier levé multifaisceau a été effectué en juillet 1989, à bord du NGCC Louis M. Lauzier. Les résultats graphiques de l’époque ont été si impressionnants pour les initiés que les données qui décrivent l’épave ont été reproduites sur l’affiche de la Conférence hydrographique du Canada de 1991, accompagnées d’une image du navire pour en faciliter l’interprétation par le public. 

L’émergence du 3D

Les technologies continuent à faire des avancées spectaculaires en hydrographie. Par exemple, l’angle des faisceaux, plus étroit, définit mieux les cibles. Les logiciels analysent et rejettent les faux échos et fournissent une image en temps quasi réel. Il est possible de visualiser le fond marin en 3D, de manipuler les images, de les survoler et de créer des vidéos d’animation.

En 2004, pour souligner son 100e anniversaire, le Service hydrographique du Canada a produit, en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de développement en cartographie des océans (CIDCO), une animation montrant l’épave de l’Empress of Ireland telle qu’elle repose sur le fond marin. En collaboration avec Parcs Canada et Patrimoine canadien, le Service hydrographique du Canada dévoilait récemment des images étonnantes de l’épave. L’image, en couverture des Tables des marées et courants du Canada pour le fleuve Saint-Laurent, commémore le centenaire du naufrage de l’Empress of Ireland. L’épave du navire demeure un témoin privilégié de l’évolution des technologies hydrographiques.

Bibliothèque et Archives Canada permet d’en apprendre plus dans son exposition en ligne Enquêtes sur les naufrages. L’exposition relate les faits saillants de l’histoire du patrimoine maritime canadien dont fait partie l’Empress of Ireland.


Robert Dorais
Sciences

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