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Bulletin d’information pour le Québec
Février - mars 2013/volume 16/numéro 1

Les hydrographes s’envoient en l’air
Technique de sondage aéroportée

Technique de sondage aéroportée
Comparaison de la couverture des deux technologies de sondage, LiDAR et multifaisceaux.

Effectuer des relevés hydrographiques en région éloignée a été, et sera toujours, un défi pour les hydrographes. C’est pour cette raison qu’en août dernier, le Service hydrographique du Canada (SHC), région du Québec, a utilisé le navire NGCC Matthew pour relever différents secteurs à l’est de l’île d’Anticosti et dans l’archipel du Vieux Fort, en Basse-Côte-Nord. Ce navire et les deux vedettes hydrographiques embarquées à son bord sont équipés de systèmes de sondage multifaisceaux dernier cri.

La grande autonomie de ce trio aura permis d’effectuer des relevés bathymétriques de grande précision le long des alignements et des approches des havres de ces secteurs. Cette technologie a toutefois ses limites. Étant donné que la largeur des fauchées est directement proportionnelle à la profondeur, l’utilisation de systèmes de sondage multifaisceaux devient beaucoup moins efficiente dans les zones de faibles profondeurs, spécialement lorsqu’il faut couvrir de grands territoires. C’est là qu’entre en scène le LiDAR.

La technologie LiDAR (acronyme de l'expression anglaise Light Detection and Ranging) utilise les propriétés d’une lumière laser pour modéliser la surface terrestre, mais peut également mesurer des profondeurs lorsque les propriétés de l’eau le permettent. C’est-à-dire que, plus l’eau est limpide et libre de particules en suspension, plus la lumière y pénètre profondément. En résumé, le système utilise deux faisceaux laser, un dans la bande infrarouge et un de couleur verte. Ce dernier pénètre dans l’eau alors que le faisceau infrarouge est réfléchi à la surface ou sur les zones terrestres. C’est la différence de temps de transit entre les trajets des deux faisceaux qui permet de déterminer la profondeur. Ces systèmes, généralement embarqués à bord de petits avions ou d’hélicoptères, peuvent couvrir, à une altitude de 500 mètres, une fauchée d’environ 250 mètres de largeur à une vitesse pouvant atteindre 150 nœuds et plus. Avec une mesure de la profondeur à tous les 4 à 5 mètres, la densité de sondage est certes moins importante que celle obtenue à partir de systèmes de sondage multifaisceaux, mais ce compromis permet des économies de temps et d’argent.

En novembre dernier, le Service hydrographique du Canada a eu recours à cette technologie pour couvrir un territoire d’environ 700 km² compris entre l’île Mistanoque et Blanc-Sablon (comprenant l’archipel du Vieux Fort) et les résultats sont très positifs. Il n’aura fallu que quatre jours de vol pour relever pratiquement toutes les zones comprises entre la ligne de rivage et des profondeurs maximales variant entre 15 et 30 mètres, couvrant ainsi les zones critiques pour la navigation côtière. Ce relevé permettra de remplacer, en partie, les relevés précédents effectués entre 1936 et 1939 à l’aide de sextants et de plombs de sonde. En raison des propriétés physiques de l’eau aux embouchures des rivières Saint-Paul et du Saumon, aucune profondeur n’a malheureusement pu être mesurée dans ces secteurs.

Secteur couvert par le sondage de novembre 2012 en Basse-Côte-Nord.

La corrélation entre les données multifaisceaux et LiDAR est très bonne et la combinaison des deux types de données permettra au SHC de renouveler les cartes marines de ce secteur à un coût moindre et beaucoup plus rapidement qu’en utilisant des embarcations conventionnelles. Cette approche cadre parfaitement avec les démarches de rationalisation entreprises depuis quelques années. Le SHC en profitera également pour revoir le découpage des cartes marines afin d’optimiser son portfolio, sans pour autant sacrifier la sécurité des usagers et la qualité qui caractérise les produits du SHC.

 

Roger Côté
Sciences
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