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Bulletin d’information pour le Québec
Février - mars 2013/volume 16/numéro 1

La science au MPO
S’adapter aux changements climatiques

Glaces flottantes

Personne ne peut plus ignorer l’ampleur des changements climatiques ainsi que leurs implications potentielles sur la santé des écosystèmes aquatiques. Ce faisant, cet enjeu soulève des questions majeures quant à ses impacts sur la société et l’économie des milieux côtiers, notamment sur les pêches, la navigation commerciale et le tourisme.

Bien que les aspects globaux liés aux changements climatiques soient de mieux en mieux compris, les connaissances scientifiques sur des aspects précis sont trop peu documentées à l’heure actuelle pour permettre aux gouvernements et à l’industrie d’en comprendre toutes les implications. Certaines activités devront être ajustées à de nouvelles réalités, que ce soit la variation des niveaux d’eau due à la fonte des glaces ou la modification de la répartition des ressources halieutiques liée aux changements dans la température de l’eau.

En 2011, Pêches et Océans Canada a entrepris un programme d’adaptation aux changements climatiques en milieu aquatique. L’objectif : soutenir la recherche et le développement requis pour mieux positionner ses politiques et ses prises de décision en fonction de cet enjeu. Ce programme, échelonné sur une période de cinq ans (jusqu’en 2016), comporte trois composantes interreliées :

1) Évaluer les risques liés aux changements climatiques
Des évaluations de risques ont été entreprises en 2011 dans quatre grands bassins aquatiques canadiens, soit les bassins du Pacifique, de l’Atlantique (incluant l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent), de l’Arctique (incluant la baie d’Hudson) et des eaux intérieures du Canada (Prairies et Grands Lacs). Ces évaluations portent sur six éléments de risque associés aux différents mandats du Ministère :

  • la dégradation des écosystèmes et des ressources halieutiques;
  • les changements dans les ressources biologiques;
  • la réorganisation et le déplacement des espèces;
  • le nombre accru de demandes d’intervention d’urgence;
  • la détérioration des infrastructures;
  • les changements dans l’accessibilité et dans la navigabilité des voies maritimes.

L’évaluation de ces éléments de risque est fondée sur deux synthèses d’information scientifique. La première touche l’évaluation des tendances et projections climatiques dans les écosystèmes aquatiques visés. Elle tient compte des données historiques disponibles et de la modélisation des changements climatiques issue des activités du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et des initiatives de modélisation régionale de Pêches et Océans Canada. La seconde synthèse évalue les impacts, les vulnérabilités et les possibilités découlant des changements climatiques pour les espèces aquatiques et pour les activités du Ministère (infrastructures, navigation, interventions d’urgence). Elle tient compte des tendances et projections climatiques émanant de la première synthèse. Une troisième évaluation, cette fois de nature socio-économique, est en voie d’être complétée sur la base de l’information scientifique des deux premières évaluations. Ces trois documents alimenteront les discussions lors d’ateliers d’évaluation de risques menés au cours de l’hiver 2013 pour les quatre grands bassins aquatiques.

2) Comprendre les impacts des changements climatiques
Des travaux de recherche ont été entrepris afin de combler un manque de connaissances sur les impacts des changements climatiques. Ils sont en partie fondés sur les lacunes dans les connaissances identifiées lors des évaluations de risques, mais également sur certains enjeux importants. C’est le cas, notamment, pour l’Arctique où des changements importants liés au climat sont observés depuis quelques années. Dans l’écosystème marin du Saint-Laurent, des travaux de recherche sont menés au Québec sur les impacts de l’acidification des eaux profondes du chenal Laurentien; sur la modélisation des impacts sur les processus physiques et la production de phytoplancton; sur l’exposition de la morue au manque d’oxygène (hypoxie); et sur les tendances à long terme dans les ondes de tempête.

3) Développer des outils d’adaptation aux changements climatiques
Le développement d’outils d’adaptation aux changements climatiques transférables dans la gestion et la prise de décision du Ministère prendra de plus en plus d’ampleur en 2013 et au cours des années subséquentes. Ces outils tireront profit des nouvelles connaissances scientifiques et cerneront les enjeux présentant les plus hauts risques. Il sera ainsi plus facile de mieux cibler les besoins d’adaptation à long terme des différents programmes. Deux projets ont néanmoins été créés au Québec en 2011, soit des outils d’évaluation des vagues et des niveaux d’eau extrêmes, et un outil de consultation, de visualisation et de téléchargement du relief à haute résolution en soutien à l’évaluation de problèmes en zone côtière (érosion, propagation des vagues, ondes de tempête, etc.) sous des conditions de changements climatiques.

Saisir les occasions

Les résultats du Programme d’adaptation aux changements climatiques favoriseront la prise en compte des changements physiques, chimiques et biologiques des écosystèmes aquatiques dans les activités du Ministère. Une telle stratégie permettra d’adapter les approches de gestion des activités de Pêches et Océans Canada et leur planification à long terme. Elle contribuera à mieux soutenir le développement économique de l’industrie et des communautés côtières qui dépendent des écosystèmes aquatiques au Canada. Le Programme pourrait ultimement permettre de tirer profit de nouvelles occasions de développement car les changements climatiques ne doivent pas seulement être perçus comme étant négatifs, surtout dans une perspective à long terme. Certains changements pourraient favoriser le développement de nouveaux secteurs d’activités ou l’expansion d’activités actuelles, ce qui permettrait d’atténuer certains de leurs impacts négatifs.

Michel Gilbert
Sciences
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