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BULLETIN D'INFORMATION DE LA RÉGION DU QUÉBEC
DÉCEMBRE 2011 - JANVIER 2012/VOLUME 14/NUMÉRO 6
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La crevette nordique
à l'heure pour le dîner!
Crevettes
T. Gosselin

Une équipe internationale de chercheurs a démontré que, peu importe où elle se trouve, du golfe du Saint-Laurent en passant par le golfe du Maine jusqu'à la mer de Barents, la crevette nordique s'est adaptée pour donner des conditions optimales de survie à ses larves. Stratégique, la crevette!

L'équipe du Canada, du Royaume-Uni, des États-Unis, du Danemark et de l'Islande a mis sur pied une série de projets visant à documenter le lien entre les variations interannuelles et interrégionales du cycle reproducteur de la crevette nordique et les conditions océanographiques dans lesquelles évoluent les larves. Elle a ainsi comparé des populations isolées et éloignées les unes des autres.

Depuis les années 1990, Patrick Ouellet et Louise Savard, de Pêches et Océans Canada, se sont intéressés à la dynamique des populations de crevettes nordiques (Pandalus borealis) dans le golfe du Saint-Laurent. Ce crustacé représente un enjeu socio-économique majeur pour la région. Comme les prises des pêcheurs sont étroitement liées à l'abondance des populations et au recrutement annuel des jeunes crevettes, les chercheurs ont tenté de comprendre les facteurs pouvant influencer ces éléments.

Un cycle reproducteur particulier

Chez la crevette nordique, les femelles pondent au début de l'automne et portent les œufs fécondés sous leur abdomen jusqu'au printemps suivant, moment de l'éclosion des larves. La température de l'eau de mer a une influence sur la durée d'incubation des œufs. Ainsi, le moment d'éclosion sera retardé dans des eaux plus froides. Les larves migrent ensuite vers la surface pour se nourrir de plancton pendant leurs premières semaines de vie. Cette phase préliminaire d'alimentation peut être cruciale à la survie des larves et, donc, au recrutement des populations à venir.

Les chercheurs se sont interrogés sur la possibilité que les crevettes adultes synchronisent l'éclosion des larves avec les floraisons de phytoplancton (blooms). Si l'éclosion est synchronisée avec un bloom de phytoplancton, les larves augmentent leurs chances de trouver une abondance de nourriture essentielle à leur survie et à leur croissance. À l'inverse, si le moment d'éclosion est désynchronisé par rapport à la production de phytoplancton, les larves sont confrontées à un manque de ressources alimentaires, beaucoup d'entre elles meurent, ce qui a un impact direct sur le recrutement des années suivantes.

Le moment du bloom est plutôt stable dans le temps, probablement parce que la durée du jour et la luminosité sont des facteurs plus influents que la température pour le déclenchement de la floraison. Or, l'abondance de la crevette nordique varie d'une année à l'autre. Alors, si le synchronisme est responsable des variations interannuelles de la population du crustacé, comment l'expliquer sur l'ensemble du territoire habité par l'espèce, alors que les températures de l'eau au fond y sont différentes?

L'équipe de recherche a réussi à démontrer qu'il existe effectivement un synchronisme impressionnant entre le moment d'émergence des larves et les blooms de phytoplancton dans tout le nord-ouest de l'Atlantique, du golfe du Maine au sud jusqu'à la mer de Barents au nord. Ce qui est particulièrement novateur. Ce synchronisme est considéré comme le résultat d'une adaptation du cycle reproducteur des crevettes nordiques en fonction des conditions locales de température de l'eau, de sorte que le moment de l'accouplement, la ponte et la durée d'incubation s'accordent en moyenne avec la floraison du phytoplancton dans une région donnée.

Les chercheurs ont également trouvé que la durée de la floraison avait une influence positive sur la survie larvaire, mais que la température de l'eau affecte aussi le taux de survie et la croissance des juvéniles.

Ces travaux de recherche démontrent que les crevettes nordiques ont su, au fil du temps, s'adapter aux conditions océanographiques dans lesquelles elles évoluent. L'ère de changements climatiques qui nous attend poussera peut-être encore la crevette nordique à s'adapter.



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